orsqu'il a parcouru le plateau de Vernègues, depuis les ruines du château jusqu'à son extrémité nord, le promeneur découvre, offert à ses yeux, un panorama grandiose : sur fond de Luberon, du levant au couchant, de Cadenet à Cavaillon, c'est une grande partie de la basse vallée de la Durance qui étale ses champs, ses vergers, ses villages aux toitures roses. Et, tout près, au pied de la falaise, c'est Alleins dont la vue aérienne attire et retient son attention.

u premier abord le village est composé d'une partie à peu près, rectangulaire, où les maisons se serrent les unes contre les autres, autour de laquelle s'organise un habitat plus aéré qui dessine des voies orientées vers Le Vernègues, Lamanon, Sénas, Mallemort, Charleval. Un examen plus attentif permet de distinguer, incluse dans la partie rectangulaire, une surface semi-circulaire où un amas de toits petits et serrés révèle la partie la plus ancienne de ce lieu : celle qui vient de s'appuyer sur la tête d'une longue croupe rocheuse où l'on voit se dresser des ruines éparses qui évoquent un château disparu.

l s'agit bien des derniers vestiges du château d'Alleins.

 

 

e 30 août 1257, Charles 1er, comte de Provence et Forcalquier, acquit de Benoit d'Alignan, évêque de Marseille, la juridiction, seigneurie et tous les droits temporels que celui-ci détenait dans la ville haute de Marseille en échange d'une quinzaine de châteaux dont "le château d'Allein confrontant les terroirs de Lamanon, d'Aurons, du Vernègues, de Malemort et de Sénas."

n cadastre de 1501 cite des murailles qui limitent certaines parcelles situées dans le village. Et il montre qu'il existait alors des "murailhes neuves" et des "murailhes vielhas". Il est établi que les "murailhes neuves" ont été érigées à la fin du XVe siècle et qu'elles limitaient la partie du village formant la surface semi-circulaire dont il a été question plus haut.

n trouve aussi au musée P. Arbaud (M.F.146) daté du 9 mai 1379, le document ci-dessous, traduit peut-être par P. Arbaud lui-même : "Informations prises par les Maîtres Rationaux et Commissaires pour ce députés auprès du viguier et des hommes et des habitants du château d'Allen au sujet des droits appartenant à la Cour royales dans ledit château
.......................................
Il y a un fort appartenant audit Evêque de Marseille ; le lieu est entouré de murs et bien fortifié ; il y a de grands bourgs, cependant depuis les guerres les habitants se sont presque tous retirés dans la fortification où ils ont des maisons et de l'eau au pied du fort.
"

es guerres dont il est question correspondent à la révolte de Robert de Duras, aux pillages effectués par Arnaud de Cervole ou par des bandes de "routiers" inoccupés pendant les trêves de la guerre "de cent ans". Dès 1363 les Etats du pays avaient demandé aux villages de se fortifier. Mais l'argent manquait souvent et les "murailles" pouvaient n'être qu'en terre pétrie (Archives des B. du R. - Noves - B 672) et n'avoir qu'une durée d'existence réduite.

es documents montrent que le château existait au XIIIe siècle, qu'il fut fortifié au cours du XIVe siècle (probablement très sommairement : aucune trace n'a pu être trouvée) et muni d'une véritable enceinte à la fin du XVe siècle. La muraille qui forme, aujourd'hui encore, le cadre quasi rectangulaire du vieux village a été datée du milieu du XVIe siècle.

n fait, les restes de l'occupation romaine permettent de penser que ce lieu a été habité bien avant le XIIIe siècle, et gardé par un castrum primitif, situé sur le rocher où subsistent les ruines du château, près duquel sont venues se serrer les maisons les plus anciennes, autour de l'an Mil.

 

 

ans l'histoire du château d'Alleins le fait capital est l'apparition de Nicolas de Renaud à la tête de la seigneurie en 1494. C'était un arlésien, membre d'une famille de très ancienne noblesse, auquel Charles VIII avait donné une charge de Gentilhomme de Chambre. Ce roi de France, comte de Provence, Forqualquier et terres adjacentes portait le titre de roi de Naples, lié à celui de Comte de Provence. Lorsqu'il décida de rendre effective cette dernière royauté, il dut envisager de conduire une armée jusqu'à Naples, et d'obtenir des Etats italiens l'autorisation de les traverser pacifiquement. Pour atteindre ce but, il fit de Nicolas de Renaud son ambassadeur à Gènes et à Rome. Les négociations furent menées à bien et Charles VIII retrouva son ambassadeur à Rome, en janvier 1594. Celui-ci présenta alors à son roi une facture de 1200 écus, correspondant au montant des frais qu'il avait dû engager en son nom. Sa mission lui avait aussi imposé d'entretenir dans le port de Gènes deux galères destinées à renforcer l'expédition par voie maritime. Le roi ne put, ou ne voulut pas, extraire cette somme de son trésor et décida de rembourser Nicolas de Renaud en lui vendant, pour ce montant, le terroir d'Allein où deux membres de sa famille avaient acquis des fiefs en 1394 et 1484. L'acte de vente fut établi et scellé à Rome en janvier 1494. Il y est écrit que "ledit Nicolas de Renaud, ses hoirs, successeurs et ayant-cause en (terre et seigneurie d'Allein) jouiront et useront dorénavant pleinement, paisiblement et à jamais perpétuellement". (Musée Arbaud-M.Q.595).

 

 

eu après son retour en Provence, Nicolas de Renaud épousa Marguerite de Quiqueran en février 1503. Et, afin d 'élire domicile sur sa seigneurie d'Allein en un logis digne de son rang, il fit transformer et agrandir son château. Le 15 avril 1504 un maître tailleur de pierre et un maître charpentier de Lambesc ont concédé à Nicolas de Renaud, seigneur d'Allein, "quittance de la somme de 3000 florins de 16 sols pièce pour reste et entier paiement de 5000 florins à eux dûs pour la réédification un château d'Allein.... et de la tour disrupte bâtie peu loin de la ville... dite Tourre Vielle". (Musée Arbaud).

es Archives des Renaud d'Allein, conservées au musée Arbaud ne possèdent aucun autre document concernant de nouveau aménagements du château.

'autre part, les registres paroissiaux du village prouvent que les seigneurs qui succédèrent à Nicolas de Renaud ont habité le château : ils se sont souvent mariés en l'église paroissiale d'Allein et leurs enfants, parfois nombreux, nés au château, y ont été baptisés.

e testament de César de Renaud, daté du 14 Avril 1701, montre que le château abritait, outre la famille du seigneur, un personnel important : maître d'hôtel, valet de chambre, cuisinier, chasseur, valets de livrée et domestiques, ainsi que filles de service de la Dame de Roux de Bonneval son épouse. Il est vrai qu'à cette date César de Renaud était devenu Marquis d'Allein depuis mars 1695, et se devait d'avoir un niveau de vie en accord avec ses titres.

es enfants de Jean-François César de Renaud, troisième marquis d'Allein, naquirent et furent baptisés à Salon, ce qui semble indiquer un changement de résidence du seigneur d'Allein après son mariage avec marie Marguerite Barbe de Cabanes de Viens, aux environs de 1743. Son fils aîné Philippe Emmanuel Melchior de Renaud, quatrième marquis d'Allein, vit ses relations avec la communauté de village se détériorer, jusqu'à devenir conflictuelles. Ses trois fils naquirent à Allein, mais il résidait à Aix lorsqu'il prit, en juillet 1790, la décision d'émigrer en Savoie, puis en Suisse.

 

 

'est à cette époque que l'on retrouve des documents précis sur le château d'Allein. En effet tous les biens du marquis situés sur le terroir d'Allein ont été vendus comme Biens Nationaux. En particulier "la maison d'habitation dite le Château" a été acquise aux enchères en quatre séances de novembre 1793 à juillet 1794. cet ensemble avait été découpé en dix lots afin de permettre aux habitants du lieu de pouvoir les acquérir sans avoir à débourser des sommes trop importantes.

e l'est à l'ouest s'y trouvaient d'abord des bâtiments, pour la plupart hauts de deux étages, séparés par des vestibules ou des régales, espaces libres et découverts donnant aux divers lots des accès indépendants. Ensuite venaient des écuries, des jardins, "une petite bâtisse pour le logement des chasseurs", enfin une bergerie de cent vingt mètres carrés environ. Pour chaque lot des experts évaluaient d'abord son revenu net annuel qui, fixé au taux de 5%, permettaient d'en déduire la valeur. C'est ainsi que la totalité de ce domaine, parties couvertes et découvertes, fut évalué à 6000 livres en juillet 1793 et rapporta à la Nation environ 6500 francs à la fin des opérations.

 

 

ue reste-t-il de tout cela ?

e l'est à l'ouest on trouve l'entrée monumentale qui donnait accès à la cour du château ; plus loin, accolée au rocher qui fait la limite sud du domaine, une tour-escalier datée des XVIe/XVIIe siècles, suivie d'un ensemble de sept fenêtres : les deux qui se trouent le plus à l'ouest sont de style Renaissance (datant de la réédification de 1502/1503 ou antérieures ?), les cinq autres sont de facture beaucoup plus simple. Plus loin subsistent les restes des murailles qui limitaient l'emplacement du château au niveau de la bergerie.

usqu'à ce jour rien n'a permis de reconstituer le plan du château. Le document qui le découpe en dix lots est insuffisant car il ne donne de ces lots que leur superficie et non leurs dimensions. Des hypothèses peuvent être avancées, mais elles coïncident mal avec le cadastre dont le dessin fut achevé en mai 1827 par un géomètre nommé Hugues.

ette reconstitution tentera-t-elle une équipe de chercheurs ?

Louis Pennequin (Alleinsois de coeur) auteur de "La maison des Renaud d'Allein" 1997 édité par "les Amis du Vieil Alleins"